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Pendant l’élaboration de la théorie exposée ici, j’étais comme guidée. Les paroles entendues, les lectures tombaient toujours à point nommé en connexion avec l'évolution de ma pensée. Bien entendu, ceci n’exclut pas mes interprétations erronées, mes méprises. Avec son lot d’erreurs et ses interrogations en suspens, comme toutes les théories, celle-ci doit être continuellement remise en question, corrigée.

 

Quand nous pensons, nous oublions l'Évolution, nous oublions que nous ne pouvons pas savoir aujourd’hui ce que nous saurons demain : « Nous ne pouvons plus voir le monde que comme un système en voie d'organisation. L'évolution n'est plus une hypothèse, c'est la condition même de toute pensée, la catégorie fondamentale qui permet d'appréhender le réel » (Claude Cuénot). L’évolution, c’est d’abord celle de l’univers, sa création. La théorie du big-bang est aussi, ici, la condition même de toute pensée, la catégorie fondamentale qui permet d'appréhender le réel.

 

Cette théorie n’oppose pas l’esprit à la matière. Elle fait siennes les deux conceptions de l’évolution : la matérialiste et la spiritualiste. Ces deux visions représentent pour elle les deux temps de la continuité d’un unique processus de complexité croissante. Ne pas voir l’animalité chez l’homme est tout autant ridicule que de ne voir qu’elle. Ainsi, bien que l’homme ne soit qu’un simple singe évolué, qu’un arrière-petit-neveu de la limace, et même s’il n’a pas progressé sur le plan moral depuis des millénaires, c'est son esprit qui a pu engranger (de façon inconsciente) le plus de connaissances au cours de l’évolution.

 

   Nous sommes à l’aube du règne de la « noosphère ». Toute modestie gardée de ma part, Pierre Teilhard de Chardin est le seul auteur dont j'aurais pu m'inspirer. Oui mais voilà, ce n'est pas ce qui est arrivé. Ce n'est même pas moi qui ai fait la comparaison. Et puis cette théorie ne se nourrit pas de la pensée des autres. D'ailleurs, si j’avais découvert Teilhard avant que cette théorie ne soit suffisamment formée, sa pensée me serait restée entièrement fermée. Cependant, avec Teilhard, quelquefois, je me suis sentie moins seule : « Comment alors se fait-il que, regardant autour de moi, et tout grisé encore de ce qui m'est apparu, je me trouve quasiment seul de mon espèce ? Seul à avoir vu ? ...incapable, donc, lorsqu'on me le demande, de citer un seul auteur, un seul écrit, où se reconnaisse clairement exprimée, [ce] qui, pour mon regard, a tout transfiguré ? » Ce texte a été écrit peu de temps avant sa mort. La pensée de Teilhard passait par le prisme de sa foi. Il n'en est pas ainsi pour moi. Mais si lui ne pouvait citer un seul auteur, un seul écrit, j'en déduis qu'il est le seul que je puisse citer pour cette théorie.